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LA
GROTTE MAGIQUE
C'est
au plus profond de la forét de Quénécan que Réon,
géant tchéque, peintre et prophéte du nouvel åge,
s'est retiré au début des années soixante-dix, fondant
sur les ruines d'un hameau le pays de ses réves: Argondia.
Le voyageur eurieux accéde ålceéde å cc royaume de
I'imaginaire par un long chemin de poussiére et d'orniéres
qui débouche dans une vaste elairiére oj s'affairent
des jeunes gens aux regards princiers.
L'espace d'un instant, on a I'impression de remonter
le temps, d'étre tombé au milicau d'un camp de chercheurs
d'or, en pleine conquéte de 1'Quest, avec ces maisons
en bois et en pierre omées de tétes diaboliques, grotesques
et malicieuses. Au centre, la grotte magique, gardée
par un diable rigolard sculpté au-dessus d'un bénitier
et ruisselante de stalactites, I'ensemble bignant
dans une atmosphére de sbbat oij régnent les couleurs
rouge, vert et mauve. Aux murs, des dizaines de tableaux
representant de scénes fantastiques: dieux cornus
et femmes aux seins ferrnes se baignant dans de sombres
marévages, chäteaux niors oi:i se nouent de terribles
pactes. «Entrez sans contrainte au,pays d'Argondia,
s-écrie Réon, parodiant le célébre comte Dracula,
mes tableaux sont de fenetres qui donnent sur mes
terres intérieures, mes légendes.»
Le roi d'Argondia a la barbe rouffue et 1'oeil vit.
Un look médiéval. La quarantaine lumineuse.
Pourquoi es ta venu te perdre au fond de cette forét?
Je suis venu en Bretagne sur les traces Gauguin.
Aprés les événements de 68 en Tchécoslovaquie, je
suis parti I'Ouest et j'aiposé monsae au bout du continent,
dans cette v secréte. Je voulais la for't profonde
et sauvage. lei, je trou concentration, e parle aux
dieux des bois. C'est comme dans m héme natale, avec
les mémes arbres, les mémes oiseaux, les mé plantes,
le méme mystére.
Et les gens du coin, que pensent-ils de cette grotte
mag d'Argondia?
- Je suis le pére macabre de la région. On m'a méme
sumom corbeau. Maisj'ai décidé d'étre reconnu dans
cc pays. Je me sui peu cal me. Avant, il y avait beaucoup
de fétes, de carnavals gondia. J'aime me déguiser,
me prendre pour un marquis. Mon était direeteur de
théatre å Prague.
- Pourquoi tous ces diables sur ta maison, dans ta
peinture?
-
Dans mon enfance, je vivais dans un monde magique,
bere de vielles banades tchéques et des contes de
fées. Un peu le m de Hieronymus Bosch. On retrouve
toutes ces influences dans sculptures et mes tableaux.
Je peins toujours la nuit pour travailler les couleurs
vives. J'utilise la technique de la pei a l'huile,
qui date du XV siecle.
Des Projets?
Le futur, c'est d'agrandir Argondia. I1 y aura encore
plus de gons et de gargouilles. (Rires)
(Claude Arz - Guide de la France Insolite)
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